Un titre générique, une prémisse banale, un film unique.
Aux premiers abords, Two lovers ne baigne pas dans la nouveauté. Leonard (Joaquin Phoenix), un jeune divorcé qui est retourné vivre chez ses parents dans le quartier russo-juif de Brighton Beach à New York, s'éprend simultanément de deux femmes. L'une est la fille du futur propriétaire de l'entreprise de nettoyage à sec de son père et se nomme Sandra (Vinessa Shaw). L'autre est la voisine de fenêtre de Leonard, une secrétaire travaillant dans une firme d'avocat et maitresse de l'un d'eux; son nom est Michelle (Gwyneth Paltrow). Ainsi Two Lovers dresse le parcours sentimental de Leonard entre ces deux femmes; nous ne le cachons pas, c’est du déjà vu. Concrètement, ce film est un remake de La Notti Bianche de Luchino Visconti, ce dernier étant basé sur la nouvelle Nuits Blanches de Dostoïesvky; C'est donc réellement du déja vu.
Le cinéaste belge Frédéric Dumont signe une première œuvre personnelle et puissante. Un Ange à la mer raconte la déroute d’un enfant de 11 ans suite à une confession particulièrement cruelle de son père. À partir de ce moment, Louis, l’enfant en question, s’enfonce dans un silence malsain qui l’isole complètement des autres, notamment de sa mère et de son frère. C’est donc l’histoire d’un gâchis, celui d’une enfance et d’une famille que Dumont filme intensément.
Ce qui frappe particulièrement dans cette réalisation, c’est le parti pris du cinéaste de maintenir la torpeur silencieuse du garçon et au bout du compte, de la révéler irréversible. Il y a quelque chose de particulièrement éprouvant à assister aux humiliations que subit Louis en tentant de protéger son père. Dumont ne desserre jamais l’étau et nous laisse dans cet univers silencieux et trouble.
On salue cette audace du réalisateur, ceci étant dit, Un ange à la mer est également très bien servi par son atmosphère poétique. Dumont prend le pari de teinter l’univers mental de Louis d’une certaine poésie visuelle, à la limite de l’onirisme. Ces visions, notamment des séquences sous-marines et d’autres à la plage, sont en quelque sorte un exutoire au silence qui règne. Ce silence est par ailleurs brisé par une très belle narration, Louis récitant un poème de Baudelaire.
Au bout du compte, Un Ange à la mer est un premier film très abouti, Dumont ayant mis sept ans à développer le projet. C’est avant tout un film extrêmement senti puisque l’histoire racontée est en fait celle du réalisateur. Cet investissement total de Dumont transparaît dans l’intensité de certains détails, notamment cette sensibilité à capter toute l’humanité du regard de Martin Nissen, le magnifique interprète de Louis.