Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours été un admirateur des films d’action. Ma jeunesse m’offrait un regard critique plutôt naïf sur le genre et je consommais un peu n’importe quoi (du mythique Speed aux plus douteux Van Damme). Les années passèrent, et je devins de plus en plus difficile. Ma définition d’un « bon » film d’action s’étoffait et s’approfondissait (en directe corrélation avec des études dans le domaine). Certes, les bases furent jetées et les « classiques » qui en ont balisé les codes sont toujours aussi intéressants, mais je suis constamment à la recherche d’une image contemporaine qui pourrait m’offrir plus que des explosions et des douilles de balles sur le plancher.Ainsi vint Christopher Nolan.
Ce jeune (selon la moyenne d’âge des réalisateurs connus) réalisateur britannique fut dévoilé au public et aux critiques avec Memento. L’histoire de ce film, fragmenté en séquences, se dévoile à l’envers (les séquences de la fin chronologique se dévoilent au début, et vice versa) et canalise ainsi l’état de Leonard (Guy Pearce), un homme ayant perdu sa mémoire à court terme et qui veut venger le meurtre de sa femme. Ce film, à la charpente iconoclaste, vient poser les bases d’un futur corpus cinématographique riche, mais, à l’instar de la majorité des comparses de sa génération, Nolan n’empruntera plus la route de campagne cartographiée « indépendante » et « d’auteur », il joindra plutôt l’autoroute des grosses productions et de leur effet « blockbuster ». Malgré son grand déploiement, sa catégorisation dans les genres « rentables » et ses prémisses diégétiques qui semblent convenir aux grandes salles, la filmographie post Memento de Nolan se détache du lopin plutôt homogène que nous as offert le cinéma grand public en ce début de 21e siècle (merci M. Bay). Il le fait grâce à un procédé simple et extrêmement louable; il réoriente les outils du film à grand déploiement pour en changer la finalité et l’appréciation que le spectateur en tire. À la surface d’une toile de projection qui vise à en mettre plein la vue, il y ajoute une profondeur; à la place du « voilà », il offre le « pourquoi ». Pour ce faire, il nous dresse de façon efficace le profil des principaux personnages. À défaut d’une mise en situation habituellement sous forme de prémisse ou de situation initiale, la plupart de ces films ont droit à des protagonistes qui évoluent sur le plan personnel tout au long de l’œuvre. Ils ne sont plus prédéfinis par quelconque événement que l’on mentionne dans la prémisse, on voit leur évolution à l’écran, car, la plupart du temps, ces événements qui marquent leur personnalité sont intrinsèquement liés au fil conducteur de l’action. Nous pouvons prendre en exemple Inception ou le passé de Cobb (Leonardo DiCaprio) vient miner, via son subconscient, les opérations qu’il mène au sein du film ou même, de façon plus évidente, Batman Begins qui, comme son titre l’indique, est destiné à exposer à l’écran comment Bruce Wayne est devenu Batman (la majorité du film repose donc sur le passé de Bruce, ces hantises et sur la quête de son identité propre). Ainsi, on ajoute à la trame d’action, une seconde trame de drame psychologique, ou plutôt on lie les deux afin que chacun trouve sa réponse dans l’autre. Les effets « tapes à l’œil » (une explosion, une fusillade) ne sont donc plus un dévoilement de prouesse logistique et technologique, ils ont maintenant leur raison d’être au sein de la logique du film (et par le fait même au sein de la logique du spectateur). Le meilleur exemple se retrouve dans Inception, ou la majorité de l’action du film représente une lutte psychologique au sein d’un personnage entre des « experts » qui se sont infiltrés dans ses rêves et un système d’autodéfense activé par le subconscient de ce personnage (des hommes armés surgissants de nulle part n’auraient pas pu trouver une meilleure explication!) Que ce soit par le portrait et l’évolution de personnages crédibles, ou par une histoire qui permet aux séquences d’actions d’avoir un recours scénaristique, Nolan charge les « blockbusters » d’un sérieux qui valorise le spectateur, car ce dernier n’a plus l’impression d’être devant un plat préparé à l’aide d’une recette qui a fait ses preuves et qui ne déroge jamais des conventions (Big Mac), mais devant un couvert qui fut préparé avec soin et qui fait appel à ses sensations et à son goût de la bonne cuisine.
Cependant, s’attarder à la profondeur et à la richesse de l’histoire et des personnages du réalisateur ne peut saisir complètement la « magie » qui s’opère lorsqu’on visionne ses films. Sa force, ce qui rend ces œuvres dignes des plus érudits, se résume simplement : il lie merveilleusement la forme et le fond. La puissance subjective de la forme cinématographique s’allie avec l’histoire et la diégèse pour devenir bien plus qu’un outil, qu’un contenant; elle devient le moteur de la construction scénaristique. La charpente du défilement de l’histoire à l’écran dans Memento est directement conséquente du problème mémoriel de Leonard. Le dévoilement formel de The Prestige est construit tel un numéro de prestidigitation, univers dans lequel le film évolue (d’ailleurs, Cutter (Michael Caine) nous rappelle les étapes cruciales de « l’illusion »). Inception ne fait pas exception, avec son montage alternée qui normalement, sert à démontrer des actions simultanées dans des lieux différents, mais qui a comme but ici de dévoiler l’action au sein de chaque strate des rêves (avec la temporalité qui, selon chaque strate, joue en conséquence). Cette alternance viendra même (attention, SPOILER) jouer sur le scepticisme que génère la séquence finale. Certes, Nolan nous offre des films où le suspense et l’action sont roi, mais il nous l’offre d’une façon si imaginative et originale qu’il est difficile pour les plus sceptiques d’entre nous de ne pas y voir, à chaque fois, un coup de génie.
Le virage qu’a opéré Nolan après Memento vient donc satisfaire à la fois le cinéphile et l’amateur de blockbusters en moi. La genèse d’une richesse et d’une complexité formelle influençant et étant influencé par un récit bien apprêté qui sert et rehausse la qualité des personnages n’a pas trouvé sa place au sein d’un corpus au registre « indépendant ». Cette vision a plutôt alimenté des films à grand déploiement afin atteindre le but utopique de tous les cinéastes (et surtout des wanabes): allier qualité et rentabilité. Et bien Christopher, tu as gagné ton pari.
J'ai essayé d'écrire quelque chose d'intelligent pour complémenter ce texte - ma foi - complet, mais je n'y arrive pas. Ce qui suit est la seule chose que j'ai écrite et qui soit quelque peu pertinente:
RépondreSupprimerMême pour moi - un consommateur et amateur de cinéma semi-averti - il est facile (et agréable) de reconnaître un de ses films. Enfin, des films d'action intéressants qui ne requierent pas que le cerveau soit à OFF.
Tout a fait d'accord!
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