N.8 - The Dreamers (Bertolucci, 2003)

Si vous pensiez que mon Top 10 de la décennie était mort-né… vous aviez totalement raison. 
 Mais bon, je vais tenter de réanimer cette vieille peau.
 
Au départ, mon numéro huit était The New World (Malick, 2006), c’est une oeuvre que j’admire, mais je me suis rendu compte que je préférais déblatérer sur un autre film, en occurrence The Dreamers (2002) de Bertolucci. La dernière réalisation de pépé Bernardo m’a vraiment hanté, c’est une expérience enivrante et fiévreuse. J’avoue que je ne m’attendais pas à tomber en amour avec ce film, j’appréhendais beaucoup de complaisance dans la représentation de la jeunesse soixante-huitarde. En fait, The Dreamers n’idéalise pas ce moment charnière (les manifs de mai 68), c’est un regard avant tout nostalgique, la nostalgie d’une époque, certes, mais plus précisément d’une expérience (sex, politics and cinema). D’ailleurs, les émeutes de Paris ne sont que la toile de fond d’une intrigue plus intime, la rencontre passionnelle entre deux jumeaux parisiens (Isabelle et Théo) et un américain (Matthew). Ceci dit, l’arrière-plan politique est traité avec justesse, en tout cas, on a toujours accès au contrepoint lucide du personnage de Matthew. L’exemple de la discussion entre Théo et Matthew sur la révolution chinoise est assez probant. Théo souligne la force des principes de la Chine maoïste, les soldats marchent avec un livre, pas d’armes « Culture not violence, Books not guns). Matthew rétorque « It’s not books, it’s A book, just one book.). Bref, c’est une écriture qui m’a énormément plu, ceci dit, le coeur du film est ailleurs.

Ce qui nous amène au sujet principal du film et de ce court texte : LE SEXE. Je ne suis pas un spécialiste de Bertolucci, mais le monsieur a tendance à mettre en scène une sexualité assez corsée, Le Dernier Tango à Paris est peut-être l’exemple suprême (on se souvient de l’épisode du beurre qui avait laissé Maria Scheider très amère, cette dernière est morte récemment, soit dit en passant). Je pense également à 1900 où la sexualité n’est pas au centre du récit, mais elle se manifeste de manière très obsessive (la scène de l’écurie, le couple et l’enfant). À mon avis, The Dreamers, tout en étant très explicite sur le plan sexuel, n’est pas marqué par les mêmes lubies. J’oserais dire que Bertolucci est en mode soft, ce que je veux surtout emmener, c’est que les ébats, malgré leur bizarrerie, sont assez sweets et confère à l’ensemble une certaine légèreté et même une impression de liberté. À ce sujet, Eva Green, la magnifique Isabelle, mentionnait à quel point Bertolucci tentait de les faire sentir libres (les interprètes) sur le plateau et, selon moi, ce sentiment de liberté transpire à l’écran. Je considère que la scène du baiser de sang entre Matthew et Isabelle, le moment le plus charnelle du film, rend bien compte de l’aura de l’œuvre, ce qui est montré est assez déroutant, mais pas du tout thrash, tant l’élan amoureux des personnages prédomine. 

C’est justement ce qui rend The Dreamers si fougueux, sa capacité à nous plonger dans un état analogue aux personnages (n’est-ce pas le but ultime de la plupart des films de fiction…). À l’instar de Matthew, nous nous laissons imprégnés par l’atmosphère sensuelle et insouciante qui règne dans l’appartement. Et lorsque tout finit abruptement, le vide soudain rend les souvenirs de l’appartement d’autant plus brûlants.

3 commentaires:

  1. désolé pour les erreurs de date... New wordl =2005 et The Dreamers est bien sorti en 2003 et non en 2002.

    un homme pressé

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  2. Bon article frère!

    Je t'avoue que j'aurais bien aimé t'entendre parler de Malick par contre! Je suppose que tu as opté pour le film plutôt que le cinéaste...

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  3. Je risque de garder Malick pour un article scientifique à la Hors Champ... à suivre

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