Drive


Drive n’est pas transcendant. Il ne pousse pas notre réflexion sur un sujet ou des thèmes quelconques. Il n’a pas de portée hyper cinématographique qui viendra nous faire questionner sur notre vision de cet art, ou de la vie en général. Ce qu’il est, c’est tout simplement un excellent film; ni plus, ni moins. Cette simplicité est contradictoire dans sa définition, car elle nécessite une certaine maitrise de tous les éléments malléables que le cinéma peut disposer, et c’est ce que Drive opère.

            Simple, en effet, car on nous parachute directement dans l’univers du Driver, cet homme, interprété par Ryan Gosling, dont on connaitra jamais le nom réel, le passé ou même ses motivations de façon directe. Son pseudo est à propos : il conduit, que ce soit pour des cascades hollywoodiennes ou pour aider des cambrioleurs à fuir le lieu d’un crime. C’est ce qui le définit, son nom résume ce qu’il sait faire, ce qu’il aime faire et ce qu’il va faire tout au long du film. Simple non? Le tout se complique pour notre Driver lorsqu’il fait la rencontre de sa voisine Irene (Carrey Mulligan), et de son fils. Le temps passe et Driver semble s’éprendre de ses voisins jusqu’à que le mari d’Irene, Standard (Oscar Isaac) revienne de prison. Ce dernier voit Driver comme un ami plutôt qu’un menace et il n’aura pas d’autre choix que de lui demander de l’aide pour orchestrer un vol qui permettra à Standard de racheter sa dette de protection qu’il a dû contracter en prison. Ce braquage sera un coup monté, culminant par la mort de Standard. Pourchassé par les gens ayant organisé le coup, Driver décidera de traquer les hautes instances derrière ce cambriolage piégé dans le but de protéger Irene et son fils au détriment de lui-même. 

On ne décèle pas dans ce résumé une histoire extrêmement originale, même qu’elle pourrait se confondre avec n’importe quel film d’action plus ou moins inspiré, et inspirant. Qu’est-ce qui fait de Drive un film se détachant des autres? Ce sera le traitement qui sera opéré entre les mains de Nicolas Winding Refn. Drive se détache du lot car son réalisateur aura su user de tous les éléments qui peuvent nous affecter au travers du 7e art  afin de transformer son opus en une ballade des plus enivrantes. Beaucoup moins « boosté » que les autres productions du genre, le déroulement du film se dévoile dans une temporalité plus lente, ponctuée ici et là par des scènes d’actions clés : originales, naturelles (dans le sens qu’il n’y a aucune imagerie numérique) et graphiques; bref elles deviennent mémorables. La cadence sera bercée par une image (composition, cadre, éclairage) extrêmement peaufinée et léchée et transportée par une excellente performance de la part des acteurs. La cerise sur le sundae : la musique electropop semblant sortir tout droit des années 80 qui sied à merveille l’univers urbain de Winding Refn et qui traite des états d’âme de notre Driver, à défaut de sa personnalité peu éloquente. C’est bien beau avoir tous les bons ingrédients, mais il faut savoir les doser et Drive en est la preuve formelle. Un équilibre s’opère entre les éléments « techniques » mentionnés plus haut et l’histoire qui, par sa simplicité, se permet d’omettre plusieurs éléments contextuels de l’univers de nos personnages (jusqu’au véritable nom de notre protagoniste). Il en découle un univers qui oscille entre le réel et l’atmosphérique, transformant notre Driver en un chevalier à la monture motrice, héros d’une fable des plus contemporaines.

Une des scènes "mémorables" de Drive

            C’est avec tous ces éléments que Winding Refn aura su générer un film « complet ». Une bulle cinématographique d’une homogénéité épatante ou tout ce qui la dessert, des acteurs jusqu’à la trame sonore, sont appliqués en juste dose et s’amalgament bien ensemble. Le résultat : non pas un film qui viendra nous sonder ou pousser notre réflexion, mais une promenade sensorielle et affective satisfaisante pour n’importe quel cinéphile. Une œuvre possédant un style défini et une imagerie marquante et indélébile, la rendant culte à sa sortie même en salles.

2 commentaires:

  1. Gabriel Petit31/07/2012 01:34

    J'ai bien aimé Drive itou, moins que toi évidemment, mais c'est de la solide mise en scène et c'est indéniable que c'est un beau p'tit cocktail.

    Mais je crois également qu'il ne faut pas tomber dans le piège hiérarchiser le cinéma en fonction de ladite """profondeur""", avec les grands films sérieux et les films supposément mineurs. Je viens de voir Breaking the waves et c'était crissement emmerdant, je m'étais pas ennuyé autant depuis un *sti de boutte...

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    1. Je vois, mais, dans mon cas, ça prend plus que juste "des belles images", du moins pour que je m'y attarde à l'écriture.

      Je défenderai pas Breaking the waves, tu connais mon amour pour Lars!

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