Pendant la rédaction de mon texte sur la
science-fiction, J’ai eu le plaisir de visionner deux autres films qui
cadraient bien la définition de la réelle science-fiction que je dresse dans mon
précédent texte. Cependant, ces deux films se rejoignaient sur la thématique
qu’ils véhiculaient et j’ai décidé de les conserver afin d’en faire une analyse
complémentaire, orientée sur la question qu’ils soulèvent. Cette question, elle
débute ma présente entrée : qu'est-ce qui nous définit en tant qu’être
humain? En tant que personne? Les films soulevant ce questionnement : Never Let Me Go de Mark Romanek et Moon de Duncan Jones (SPOILER
ALERT : si vous n’avez pas vu ces films et que vous comptez les voir, je
ne vous suggère peut-être pas de lire cet article, particulièrement Moon.)
Never Let Me Go nous introduit dans un monde anachronique ou une avancée scientifique dans les années 50 permettra à l’homme d’être plus que centenaire. On y suivra trois amis d’enfance, Kathy (Carey Mulligan), Tommy (Andrew Garfield) et Ruth (Keira Knightley) qui grandirent dans un pensionnat, aux premiers abords, conventionnels. Ce sera au travers de leur enfance, leur adolescence et leur âge adulte qu’ils découvriront et appréhenderont tranquillement leur sort : L’avancée scientifique est en fait la perfection du clonage et nos protagonistes en sont le résultat. Leur lieu d’être est déjà défini, ils seront des donneurs d’organes jusqu’à ce qu’ils succombent sur la table d’opération, et ce à un très jeune âge. Cet univers anachronique constitue un motif filmique valable et pourrait très bien occuper une place centrale au sein de l’œuvre, mais Romanek en fera autrement. À l’instar d’une prémisse pour des scènes d’actions et d’aventures grandiloquentes (The Island quelqu’un?), Never Let Me Go garde ce fait scénaristique en retrait et de façon périphérique, se concentrant plutôt sur les aléas sentimentaux du triangle amoureux formé par nos protagonistes. Leur sort, à défaut d’être un choc révoltant, leur sera inculqué au sein de leur éducation et de leur structure sociale (que ce soit par « le pensionnat » de leur enfance ou par « la ferme » de leur adolescence) et sera toujours appréhendé comme allant de soi, jusqu’à relativiser la mort en la remplaçant par la notion de « completion », comme si l’on se complétait qu’en succombant. Ainsi, leur monde ne paraitra jamais lugubre à nos yeux, car nous serons témoins de l’espoir qui les habitent, que ce soit par l’histoire d’amour qui relie Kathy et Tommy, la rédemption que Ruth veut obtenir face au sabotage amoureux qu’elle a opéré entre Kathy et Tommy ou les élans artistiques de Tommy, tous dans le but d’obtenir un léger sursis avant l’inévitable « achèvement ». Devant cette démonstration de sensibilité, nous n’avons d’autres choix que de se poser des questions sur la nôtre. En quoi ces êtres, tout aussi capables de ressentir et de s’exprimer que nous, et faisant preuve, par la résilience à leur sort, d’une compassion pour l’humanité plus grande que nous pouvons avoir nous-mêmes, sont-ils considérés comme étant inférieur jusqu’à être perçu d’un point de vue strictement utilitaire? Sans vouloir décrier le danger éthique de ce genre de progrès scientifique, le but de Never Let Me Go réside plutôt dans la volonté de vouloir exprimer, de façon poétique et efficace, la sensibilité et la compassion qui est essentielle à chaque être humain et qui se catalyse par l’inévitable destin qui nous est tous réservé.
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| Never Let Me Go |
Moon nous plonge dans une station minière lunaire qui est maintenue par un
seul ingénieur, Sam Bell (Sam Rockwell). Ce dernier est sur le point de
terminer son quart de travail triennal lorsque, pendant une sortie de routine,
il subit des hallucinations et cette distraction cause un accident entre son
véhicule et une moissonneuse minière. Il se réveille dans la station, sans
aucun souvenir de cet accident. Son compagnon robotique GERTY (la voix de Kevin
Spacey), lui informe qu’il ne peut sortir à l’extérieur de la station et qu’une
équipe de sauvetage est en route pour réparer un problème extérieur. Intrigué
par ce problème, Sam court-circuite le système pour sortir de la station et se
rend à la source du problème, où il se retrouve lui-même, blessé, dans une
voiture lunaire; bref, il est au lieu de l’accident mentionné précédemment.
Cette rencontre poussera nos deux protagonistes identiques à se questionner sur
leur origine et sur le but de la présence de l’autre jusqu’à ce qu’il découvre,
avec l’aide de GERTY, la vérité. Les deux Sam Bell sont des clones du véritable
Sam Bell qui est retourné sur terre depuis bien longtemps. Ces clones ont une
espérance de vie de trois ans seulement. Suite à cela, leur corps commence à se
détériorer rapidement. Le « retour sur terre » à la fin de leur quart
de travail triennal n’est qu’une substitution afin de faire fonctionner la
station lunaire de façon perpétuelle. De ces faits, les souvenirs de leur
relation avec leur femme Tess ne leur appartiennent pas; ils ont été implantés,
alimentés par des « transmissions » qui ne sont, au bout du compte,
que de vieux enregistrements. Cette révélation place nos protagonistes dans une
situation où ils doivent faire un choix quant à leur destin, et ce, en
connaissance de cause. C’est dans cette problématique que le film de Jones
prend toute sa force. Ces êtres clonés n’ont, à leur « naissance »,
aucune idée de leur véritable origine. Ils se basent sur leurs mémoires
implantées et ont l’impression d’avoir un passé sur terre et des liens
affectifs envers leur femme et leur fille nouvellement venue au monde, tout
comme le véritable Sam Bell. Il n’y a pas que les clones de Sam qui ont cette
impression, nous sommes également pris au jeu, car nous découvrons les secrets
derrière la base lunaire en même temps que nos protagonistes. En étant témoins
des perturbations psychologiques et émotionnelles de ses clones, Jones nous
oblige à nous demander s’il est légitime de ne pas les considérer comme des
êtres humains. D’ailleurs, ce sentiment sera renforcé par les choix
qu’opéreront nos personnages face à la crise existentielle qu’ils subissent.
Ils refuseront leur sort prédéfini et feront preuve de détermination et
d’entraide afin de changer le cours de leur courte vie, comportement clé qui
scelle leur position du côté de l’humanité plutôt que du côté de l’outillage
économique au même titre que la moissonneuse minière ou GERTY.
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| Moon |
Qu’on se retrouve dans l’univers
anachronique de Never
Let Me Go ou dans le huis clos spatial de Moon, les deux œuvres aux prémisses futuristiques viennent corroborer ma
vision du potentiel filmique que la science-fiction possède. Dans les deux cas,
on se retrouve avec un drame sentimental et existentiel qui, par une trame de
fond imaginaire et futuriste, génère un univers filmique stimulant qui lie les cas
particuliers de nos protagonistes à des questionnements plus universels et
philosophiques. Cet ainsi que des méandres amoureux et sentimentaux, à mon sens,
plutôt banal s’alourdissent au niveau du propos et nous transportent au-delà, à
un endroit où notre empirisme et notre sensibilité, en fonction de notre identité
propre, se côtoient et se confrontent; comme quoi les caractéristiques nous
définissant en tant qu’être humain sont les mêmes qui minent notre propre
crédibilité de se proclamer comme tel.


J'aurais pas dû le lire... Mais bon, j'ai le goût de voir Moon pareille. À première vue, les personnages des deux films semblent avoir des comportements opposés. Les Sam Bell revendiquant leur pleine humanité et ceux de Never let me go, acceptent leur destin sans broncher, mais sans considérer leur humanité comme étant moindre.
RépondreSupprimerLeur actions et leurs "destins" semblent s'opposer (peut-être pas pour tous les Sam Bell). Par contre, dans chacun des cas, on pourrait parler de saisir le "plein potentiel" de ce qui s'offre à nous avant d'arriver à une fin qui, dans leur cas, est prématuré.
SupprimerP.S.: Souviens toi de l'opinion du père Lafleur qui dit que, dans le fond, ça importe peu de savoir la fin et les "punchs" des films.
SupprimerEffectivement. Le père Lafleur a plus souvent qu'autrement raison... J'aime bien l"idée du plein potentiel. Il est aussi question de dignité humaine, la noblesse d'un amour sincère.
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