Une chose inattendue s’est déroulée dernièrement. J’ai eu la chance, par le biais du blogue, d’assister à une projection de presse pour la première d’une sortie en salles. Il s’agit d’une situation extrêmement intéressante qui prouve que Le Purgatoire a peut-être plus de visibilité que j’aurais voulu croire. Voici le fruit de cette projection!
Le film choral est, selon moi, une arme à double tranchant. D’un côté, plusieurs histoires dévoilées en parallèle peuvent mettre en évidence de façon efficace certaines thématiques qui, au cours d’un développement diégétique unique, n’auraient pas autant brillé. De l’autre côté, la pluralité de points de vue narratifs doit être habilement construite au sein du film, car la multiplicité de récits et de personnages rend le film automatiquement plus lourd, et des incohérences surviennent plus facilement. Yan Lanouette Turgeon, pour son premier long métrage, a décidé, avec Roche Papier Ciseaux de nous offrir un film choral qui s’assume jusque dans son titre et, malgré certaines imperfections, son parcours sinueux tient bien la route.
Dans Roche Papier Ciseaux, on suit de façon simultanée,
l’histoire de trois personnages. Boucane (Samian), est un jeune homme de
descendance autochtone qui décide de quitter un avenir sans espoir au sein de
sa réserve afin de tenter sa chance « en ville ». Il croisera le
chemin de Normand (Roger Léger), un homme de main d’expérience, mais à la
conscience meurtrie qui lui offrira de conduire son véhicule à la cargaison
douteuse. M. Fumetti (Remo Girone) travaille d'arrache-pied, malgré son
âge avancé, à amasser assez d’argent afin que sa femme (Victoria Zinny),
atteinte d’Alzheimer, et lui-même puissent finir leurs vieux jours dans leur
Italie natale. Le voyant fouiller rebuts et déchets, Muffin (Frédéric
Chau), un membre éminent des triades montréalaises, lui proposera un marché
afin qu’il puisse obtenir de l’argent rapidement; proposition louche que
M. Fumetti ne pourra refuser. Vincent (Roy Dupuis) est un médecin qui fut
irradié de l’ordre et qui cumula d’énormes dettes de jeux. Pour s’en sortir, il
fit un marché avec les triades montréalaises; les Triades règleront ses
problèmes financiers et Vincent, en échange, devra pratiquer la médecine pour
l’organisation mafieuse, et tout ce que cela inclut. Après avoir connu l’amour
auprès de Clara (Fanny Mallette) et sur le point d’être père, Vincent désire
plus que jamais de se détacher de son engagement avec les triades.
Le film de Lanouette Turgeon tourne autour du crime organisé, et
plus particulièrement celui opéré par la mafia chinoise, mais sans braquer les
projecteurs directement dessus. Il s’agit plutôt d’un ouvrage qui traite des
aspirations des trois personnages décrits plus haut à vouloir améliorer leur
sort, car ce sera en faisant affaire avec les « mauvaises » personnes
que ceux-ci nous dévoilent leur bonté, ou du moins leurs bonnes intentions.
Cette approche plus humaine au genre filmique « criminelle » fait
énormément de bien. À l’inverse de films plus clinquants, Roche Papier
Ciseaux ne bascule pas dans l’absurde ou dans l’invraisemblable en se
concentrant sur des histoires ou des motivations plus terre-à-terre qui seront,
par la suite, alimentées par une source plus « extraordinaire » que
sont les Triades montréalaises. Malheureusement, et peut-être alimenté par le
scepticisme que l’on peut avoir face à l’alignement des astres, la pluralité
des récits et leurs croisements que génère Lanouette Turgeon sont parfois
difficiles à digérer et, par moments, on peine à trouver la raison d’être de
certaines scènes, et même de certains personnages (notamment celui de Boucane),
sauf pour étoffer l’aspect choral du film, ce qui ajoute un peu d'inconsistance
à l’oeuvre.
Sans être parfait, Roche Papier Ciseaux reste un film qui,
malgré sa structure narrative élaborée et son genre « mafieux », se
dévoile en toute humilité et en toute honnêteté, fait d’armes important pour un
premier long métrage. La multitude de personnages principaux aide à conserver
cette impression, car leurs ambitions et motivations personnelles se mêlent à
l’événement central du film. Cependant, l’autre tranchant du film choral sévit
également ici, car le message ou les thématiques qu’aurait voulu véhiculer
Lanouette Turgeon se perdent au travers des résolutions d’intrigues de nos
divers personnages, nous faisant douter du choix de certains éléments
scénaristiques. À l’instar de son titre, Roche Papier Ciseaux nous offre
une oeuvre où il est autant possible de gagner que de perdre, mais qui, par sa
simple efficacité, vaut la peine d’être essayé.
Roche Papier Ciseaux sera à l’affiche à partir du 22 février 2013.

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